La Lune à la recherche d’elle-même, résumé

Claudel entreprit de réécrire L’Endormie en 1947. Cela donna La Lune à la recherche d’elle-même, une « extravaganza radiophonique » publiée dans les Cahiers de la Pléiade en 1948 et destinée à être lue à la radio. Claudel y conserve les personnages du Jeune Poëte, de Volpilla et Danse-la-Nuit, auxquels il ajoute « le Chœur », quelques voix de faunes et deux « préposés aux indications scéniques » qui ne sont pas sans rappeler les deux « Phonographes » des Mariés de la Tour Eiffel de Cocteau.

Dans le prologue, le Chœur, porte parole de l’auteur, propose l’exégèse mystico-bouffonne que le vieux poète livre de son texte de jeunesse. Etablissant l’atmosphère poétique de nuit de pleine lune de la pièce, il présente le personnage éponyme. Immobile et silencieuse, la Lune est à la fois « Séléné », l’inspiratrice des premières ardeurs poétiques, et « Hécate », l’inspiratrice des premières ardeurs érotiques. Contemplant à sa fenêtre « l’endroit » de la Lune, le Poëte se laisse emporter par la tentation et se retrouve dans le pays de « l’envers », « de l’autre côté de la métaphore », de l’autre côté de la « frontière mystique… qui sépare la réalité de l’expression ». Deux policemen faunesques conduisent l’intrus devant un tribunal où siègent Volpilla et Danse-la-Nuit. Le procès consiste à expliquer au jeune homme, au moyen de force digressions, les frasques de la Lune. Ce personnage burlesque, au fil de ses aventures, se transforme en une sorte de bête humaine et cosmique incarnant tous les appétits terrestres, et avant tout les appétits de la chair. Puissance d’illusion, cette Lune aux charmes douteux rappelle que la réalisation des passions mène souvent à la déception et à l’insatisfaction. Volpilla et Danse-la-Nuit expliquent enfin que la Lune est obsédée, comme un « chien qui court après sa queue », par le désir de connaître son « endroit » et qu’elle a besoin du Jeune Poëte pour le lui expliquer. Les deux faunes indiquent donc au Poëte le moyen de rejoindre la Lune. C’est ainsi qu’il se met à ramper au moyen des douze pieds que possède sous l’estomac tout poète qui se respecte. La pièce s’achève dans le pays de « l’endroit », que le Chœur, réapparaissant subitement, nous décrit : il s’agit d’une sorte de Biergarten imprégné d’une atmosphère évoquant « les meilleures années du romantisme allemand » et la fameuse sonate de Beethoven. Le Poëte s’est retrouvé dans les bras d’« une grosse jeune fille blonde » et « il est bien sage maintenant ».

Reprenant de façon burlesque le drame de l’amour humain et le thème augustinien de l’etiam pecata (« même le péché [sauve] »), la pièce montre que les tentations de l’amour et de la femme, qui nous entraînent dans toutes sortes d’aventures dramatiques et grotesques, sont les premiers pas d’un chemin qui mène au salut. Le mariage final, malgré la description burlesque qu’en donne le Chœur, baigne dans une atmosphère blanche (« une flaque de bière lumineuse ») qui laisse à penser que la pièce s’achève dans la mort, célébrant les retrouvailles du Poëte avec son âme, et au-delà la béatitude éternelle de l’âme retournée à Dieu.

 

Sever Martinot-Lagarde