La réception de l'oeuvre de Claudel par les compositeurs

Si Claudel doit beaucoup à la musique, les compositeurs ont, en retour, été régulièrement inspirés par l’œuvre de Claudel.

Musiques de scène

Dans la lignée des collaborations avec Darius Milhaud, Paul Collaer, Louise Vetch (Maria Scibor) ou Arthur Honegger, de nombreux compositeurs ont été sollicités pour écrire des musiques de scène à l’occasion de telle ou telle représentation ou diffusion radiophonique. Parmi les cas les plus saillants, on peut relever les noms de Maurice Jarre, auteur de la musique de scène de La Ville créé par Villar en 1955, d’André Boucourechliev, auteur d’une musique de scène pour Le Repos du septième jour, de Georges Aperghis et de Stéphane Leach, respectivement auteurs de nouvelles musiques de scène pour Le Soulier de satin à l’occasion des intégrales de Vitez en 1985-86 et de Py en 2003 et 2009. Notons par ailleurs que François-Bernard Mâche a composé la musique du film d’Alain Cuny L’Annonce faite à Marie en 1991 et Yves Prin une musique de scène pour cette même œuvre à l’occasion de la mise en scène de Christian Schiaretti en 2005. Enfin, c’est simplement en clin d’œil à une scène du Soulier de satin que Boulez a intitulé une de ses œuvres musicales Dialogue de l’ombre double.

Opéras et oratorios

Dès 1909, Florent Schmitt avait sollicité Claudel pour un projet d’opéra à partir de Tête d’Or, avant le jeune compositeur Jacques Benoist-Méchin pour La Ville au début des années vingt. Si aucun de ces deux projets n’a abouti, le compositeur allemand Walter Braunfels a bien composé, entre 1933 et 1935, un opéra à partir de la version allemande de L’Annonce faite à Marie, Verkündigung, sur un texte adapté par le compositeur, qui sera créé en 1948. En 1970, l’Opéra-Comique a créé de son côté l’opéra de Renzo Rossellini sur L’Annonce, œuvre qui a encore inspiré Olivier Kaspar en 1996 pour un opéra encore inédit. Henry Barraud a écrit de son côté un opéra à partir de Tête d’Or créé en version de concert en 1985.

Parmi les oratorios, il faut faire sa place à une œuvre méconnue de Paul Hindemith, Ite angeli veloces, conçue en collaboration avec Claudel, même si elle a été achevée et créée après la mort de l’écrivain. Le Chemin de la croix est sans doute l’ouvrage qui a inspiré le plus fréquemment les musiciens sous des formes très diverses. Antoine d’Ormesson en a fait un véritable oratorio créé en 1999 à l’église Saint-Eustache.

Œuvres poétiques

C’est surtout l’œuvre poétique de Claudel qui a le plus souvent inspiré les compositeurs jusqu’à aujourd’hui. Il peut s’agir, dans la lignée des Sept Poèmes de la Connaissance de l’Est de Milhaud (1912-13), de mélodies pour voix et piano, mais les effectifs peuvent aussi prendre de plus vastes proportions. Parmi les œuvres composées après la mort de Paul Claudel, on peut mentionner les Cent Phrases pour éventails de Michel Decoust ou L’Esprit et l’eau de Thierry Lancino.

Pascal Lécroart

Bibliographie
- Paul Claudel, Correspondance musicale, réunie, présentée et annoté par Pascal Lécroart, Genève, Editions Papillon, 2007.