Œuvre poétique

L'œuvre poétique de Paul Claudel

La Messe là-bas

Edition critique et étude du texte

Psaumes

 

Psaume 4
Le jour finit, et le tracas avec lui de ce long jour qui s’affaiblit.
Le silence s’est fait et le décollement au fond de moi de ces lèvres où naît le miserere.
Cet appesantissement de ton cœur, ô mon enfant, pourquoi ? il n’y a pas que la vanité et le mensonge.
Il y a cette merveille en toi qu’on ne peut pas t’enlever : il y a cette espèce en toi sourdement de vibration qui s’accentue.
Emporte-le avec toi pour le mêler au sommeil qui commence, ce mécontentement de ton péché, cette composition salutaire avec la honte.
Ce sacrifice dans la nuit qui fume ! Où êtes-vous, mon bien ?
Où êtes-vous, tison ? rouge lueur au fond de mon âme comme une braise !
L’âme ! l’âme en moi qui s’abandonne à une espèce de multiplication sacramentelle !
Il y a cette paix en moi qui va à la rencontre du sommeil.
Il y a ce trésor en moi d’une espérance que Tu m’as donnée afin que nous la partagions à nous deux.
Paul Claudel, Psaumes © Gallimard

Claudel traducteur des Psaumes

Entre 1918 et 1953, Claudel composa un vaste ensemble de « Psaumes » traduits du latin de la Vulgate, dont seuls un petit nombre furent publiés de son vivant en trois minces recueils. S’il eut jamais le désir de réaliser un psautier complet, il ne parvint pas au bout de l’entreprise : alors que certains psaumes connaissent deux ou trois versions différentes au fil des années, d’autres semblent entièrement ignorés du poète.

Premiers vers

Vers d'Exil 

Paul, il nous faut partir pour un départ plus beau !
Pour la dernière fois, acceptant leur étreinte,
J'ai des parents pleurants baisé la face sainte.
Maintenant je suis seul sous un soleil nouveau.
 
Tant de mer, que le vent lugubre la ravage,
Ou quand tout au long du long jour l'immensité
S'ouvre au navigateur avec solennité,
Traversée, et ces feux qu'on voit sur le rivage,
 
Tant d'attente et d'ennui, tant d'heures harassées,
L'entrée au matin au port d'or, les hommes nus,
L'odeur des fleurs, le goût des fruits inconnus,
Tant d'étoiles et tant de terres dépassées
 
Ici cet autre bout du monde blanc et puis
Rien ! — de ce cœur n'ont réfréné l'essor farouche.
Cheval, on t'a en vain mis le mors dans la bouche.
Il faut fuir ! Voici l'astre au ciel couleur de buis.
 
Voici l'heure brûlante et la nuit ennuyeuse !
Voici le Pas, voici l'arrêt et le suspens.
Saisi d'horreur, voici que de nouveau j'entends
L'inexorable appel de la voix merveilleuse.
 
L'espace qui reste à franchir n'est point la mer.
Nulle route n'est le chemin qu'il me faut suivre ;
Rien, retour, ne m'accueille, ou, départ, me délivre.
Ce lendemain n'est pas du jour qui fut hier.
 
Paul Claudel (1898) Vers d'Exil. Œuvre Poétique. Gallimard, Pléiade, p.13-14 - D.R.
Claudel à 18 ans, dessin. C Claudel
Claudel à 18 ans,
dessin. C Claudel
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