L'Arbre

La Jeune Fille Violaine

La Jeune Fille Violaine (2° version)

La première version de La Jeune Fille Violaine fut composée en 1892, après la première version de La Ville. Au drame urbain succédait un drame paysan bâti autour du sacrifice de son héroïne, Violaine : ainsi se parachevait l’épisode de la conversion et se poursuivait la réflexion du poète sur la place et la fonction de la foi et de la religion catholique dans la société.

Tête d'Or

Extrait : TÊTE D'OR - PREMIÈRE VERSION
PERSONNAGES : SIMON AGNEL. TÊTE D'OR . LE ROI • CÉBÈS • L'EMPEREUR DAVID • LA PRINCESSE • EUMÈRE • CASSIUS • NOMBREUX FIGURANTS ET FIGURANTES

 

PREMIÈRE PARTIE
 
Les champs à la fin de l'hiver. Entre, au fond, Simon Agnel, en blouse, portant sur son épaule un corps de femme et tenant une bêche. Il mesure la terre et commence à creuser une fosse. Entre, sur le devant, Cébès, à pas lents.
 
CÉBÈS. - Me voici,
Imbécile, ignorant,
Homme nouveau devant les choses inconnues,
Et je tourne la face vers l'Année et l'arche pluvieuse, j'ai plein mon cœur d'ennui !
Je ne sais rien et je ne peux rien. Que dire ? que faire ? À quoi emploierai-je ces mains qui pendent ? ces pieds qui m'emmènent comme les songes ?
Tout ce qu'on dit, et la raison des sages m'a instruit
Avec la sagesse du tambour; les livres sont ivres.
Et il n'y a rien que moi qui regarde, et il me semble
Que tout, l'air brumeux, les labours frais,
Et les arbres, et les nuées aériennes,
Me parlent avec un langage plus vague que le ia ! ia ! de la mer, disant :
"Ô être jeune, nouveau ! qui es-tu ? que fais-tu ?
"Qu'attends-tu, hôte de ces heures qui ne sont ni jour ni ombre,
"Ni bœuf qui hume le sommeil, ni le laboureur attardé à notre bord gris ?"
Et je réponds : Je ne sais pas ! et je désire en moi-même
Pleurer, ou crier,
Ou rire, ou bondir et agiter les bras !
"Qui je suis ?" Des plaques de neige restent encore, et je vois la haie des branches sans nombre
Produire ses bourgeons, et l'herbe des champs,
Et les fauves brebillettes du noisetier ! et voici les doux minonnets !
Ah ! aussi que l'horrible été de l'erreur et l'effort qu'il faut s'acharner sans voir
Sur le chemin du difficile avenir
Soient oubliés ! ô choses, ici,
Je m'offre à vous ! Voyez-moi, j'ai besoin
Et je ne sais de quoi, et je pourrais crier sans fin
Comme piaule le nid des crinches tout le jour quand le père et la mère corbeaux sont morts !
Ô vent, je te bois ! ô temple des arbres ! soirée pluvieuse !
Non, en ce jour, que cette demande ne me soit pas refusée, que je forme avec l'espérance d'une bête !
Il aperçoit Simon.
Eh ! qui c'est qui creuse là-bas ?
Il s'approche de lui.
C'est-i que vous posez des drains ? Il est tard.
SIMON, se redressant. — Qui est là ? que voulez-vous ?
CÉBÈS, le regardant avec surprise. — Je ne vous connais pas.
SIMON. — Ce champ est à vous ?
CÉBÈS. — À mon père.
SIMON. — Laissez-moi y tailler ce trou.
CÉBÈS, apercevant le cadavre. — Ah ! Qui est cette femme ?
SIMON. — La mienne.
CÉBÈS. — Ah ! ah !
Qui est cette femme ? Elle est de ce pays. Je la connais. Est-elle morte ?
SIMON. — Je ne l'ai pas fait mourir.
CÉBÈS. — Ah ! ah ! ah ! ah !
Est-ce ainsi que je te retrouve ! Toute froide et mouillée ! Ô bonne pour tous, rieuse, ardente !
Est-ce toi ? ô chère !
SIMON. — Il a l'air d'être de ceux qui l'ont aimée.
— Quel est ce clocher d'ardoises, Cébès ? quel est ce pays ?
CÉBÈS. — Comment ? me connaissez-vous ?
SIMON. — Il y a des gens qui se nomment Agnel.
CÉBÈS. — Tous sont morts ou partis. Simon Agnel était plus vieux que moi. Il a disparu un jour.
C'est vous !
SIMON. — Le bouilli était las d'être mangé en rond. Ils sont morts !
 
Tête d'Or ( première version). Théâtre I. Gallimard, Pléiade, p. 29 - D.R.

Tête d’Or (seconde version)

Le texte

La seconde version de Tête d’Or fut remaniée en 1894, comme en atteste le manuscrit acquis par la BNF en 1990. Le texte complet fut publié pour la première fois dans L’Arbre.

Adaptations cinématographiques: 

L'Arbre

Ce recueil paru en 1901 au Mercure de France constitue la première édition du théâtre de Claudel. Le dramaturge choisit d’y rassembler cinq pièces (La seconde version de Tête d’Or, la seconde version de La Ville, la seconde version de La Jeune Fille Violaine, Le Repos du septième jour, L’Echange), parmi lesquelles, déjà, trois remaniées.

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