Œuvre dramatique

L'œuvre dramatique de Paul Claudel

L'œuvre exégétique

Extrait :

Y a-t-il quelqu’un avec moi pour se rappeler ces dernières années de Moïse, quand nous commencions à nous dégoûter pour de bon du désert et de la manne et que le vent du nord nous apportait l’odeur de la vigne en fleur et des baumiers d’Engaddi ? Et tous ces croquants de l’autre côté de la Ligne — la Ligne Sainte, on l’appelait — que nous regardions regarder leurs femmes qui binaient la terre sous les oliviers pour en obtenir toute espèce de choses succulentes. Nous, c’était la manne qui nous attendait, et encore la manne, pour le déjeuner et pour le dîner, et le dimanche pour changer, encore la manne ! (On dit qu’elle prenait le goût de tout ce qu’on voulait [Sg 16, 21]. À condition de vouloir !) Et ces poilus de l’autre côté de la Ligne qui léchaient des pierres pour se moquer de nous en se frottant le ventre avec béatitude ! On avait beau les mettre en joue avec nos arcs, ils savaient bien que c’était défendu, ils faisaient semblant d’avoir peur ! Le plus enrageant est qu’ils avaient fini par ne plus faire attention à nous. Il fallait les voir sous notre nez discuter les affaires de la commune autour de quelque vieux bouc à barbe blanche, pendant que nous étions là, cinquante idiots à les regarder, les mains dans les poches, si nous avions eu des poches à cette époque pour mettre les mains dedans ! Espère un coup que le jour J soit arrivé ! espère un coup que tous ces vieux ramoitis dont nous attendons le bon plaisir aient fini de nous embêter avec leurs histoires d’Égypte et de la Mer Rouge. (Ah, ce qu’on l’a assez vue, la Mer Rouge, et l’autre Mer Rouge avec, de l’autre côté de cette sacrée péninsule !) Ce n’est pas l’Égypte que nous avons envie ! c’est ce champ de concombres, tout prêt, que le Vieux nous a amenés ici pour le regarder, un champ de concombres à perte de vue, ah j’en ai l’eau à la bouche, il n’y a qu’à tendre la main pour le prendre, ce qu’on va rentrer dedans, et je sens cette épée toute vivante à mon côté ! sans parler de toutes ces femmes la même chose comme un concombre bien frais à se mettre sous la dent ! Demain ! Là-bas ! Ah que ma langue s’attache à mon palais si jamais mon cœur S’oublie de toi, Jérusalem [Ps 136, 6] ! Il faut attendre que le Vieux soit mort.

La revanche pour nous, c’était ce jour-là, chaque année, où qu’on leur lâchait le bouc émissaire [Lv 16, 8-10] ! Pas besoin de dire que l’on préparait pour cela un animal exceptionnel. Ils avaient beau prendre leurs précautions, l’endroit qu’on choisissait pour leur dépêcher notre cornipète était toujours le plus inattendu. Dès qu’on l’avait issu au milieu des invectives et des vociférations, il ne demandait pas son reste ! faut voir comme il détalait. Et alors pas une chèvre, d’ici à là-bas que l’on pût garder à sa maman ! des troupeaux entiers d’un seul coup qui se mettaient à sa poursuite ! voyez voir à les retrouver ! les citernes et les fourrés de tout le pays en étaient remplis ! Et le gaillard continuait à faire des sauts de cinquante mètres, on aurait cru qu’il avait le feu quelque part ! On m’a dit qu’on en aurait trouvé un jusqu’en Macédoine ! Voilà mon genre de prophète.

— Il faut bien attendre que le Vieux soit mort.

Emmaüs (1948), Le Poëte et la Bible II, Gallimard, 2004, p. 422-423.

dessin Audrey Parr - D.R.
dessin Audrey Parr - D.R.

 

Demeuré longtemps dans l’ombre, le versant exégétique de l’œuvre de Claudel est pourtant le plus volumineux et à bien des égards le plus fascinant.

Oeuvres lyriques et Ballets

Dessin d'Audrey Parr
Dessin d'Audrey Parr
pour "L'homme et son désir"
de Paul Claudel - DR

L'Homme et son désir (1917-18, 19211)

Bibliographie pour Le Soulier de Satin

Éditions: 

P. Claudel, Le Soulier de satin, préface et dossier de Michel Autrand, Gallimard, "Folio théâtre",1997.

Antoinette Weber-Caflisch, Le Soulier de satin de Paul Claudel, Annales littéraires de l'Université de Besançon, n° 334, Les Belles Lettres, 1987.

Bibliographie critique: 

Pierre Brunel, Le Soulier de Satin devant la critique : dilemme et controverses, Minard, 1964.

Antoinette Weber-Caflish, édition critique du Soulier de satin, 3 vol., Les Belles lettres, 1985-1987

Michel Autrand, Le Soulier de satin, étude dramaturgique, Champion, 1987.

Dominique Millet-Gérard, Formes baroques dans Le Soulier de satin, Champion, 1997.

Bernard Hue, Rêve et réalité dans Le Soulier de satin, Presses Universitaires de Rennes, 2005.

Pascale Thouvenin (coord.), Une journée autour du Soulier de satin, Poussière d’or, 2006.

Scénographie, iconographie : Eloi Recoing, Le Soulier de satin. Antoine Vitez. Journal de bord, Le Monde Editions, 1991.

Bibliographie Partage de Midi

oeuvre: 
Partage de midi
Éditions: 

Gérald Antoine, "L'expression du Tragique dans Partage de midi", in Jean Jacquot et al., Le Théâtre tragique, éd. du CNRS, 1962.
Moriaki Watanabé, "La création du personnage d'Amalric", Études de langue et littérature françaises n°1, Tokyo, 1962.
François Chapon, "Partage de midi vient de paraître (1906) ", Bulletin de la Société Paul Claudel n°24, oct. - nov. - déc. 1966.
Marianne Mercier-Campiche, Le Théâtre de Claudel ou la puissance du grief et de la passion, Pauvert, 1968.
Moriaki Watanabé, "Le 'Don', ou la logique dramatique de Partage de midi", Paul Claudel 5, RLM nos 180-182, Minard, 1968 (3).
Moriaki Watanabé, "Le nom d'Ysé, le mythe solaire japonais et la genèse du personnage", Revue d'histoire littéraire de la France, janvier-février 1969.
Michel Malicet, "Orphée et Eurydice ou l'histoire d'une image", Paul Claudel 7, RLM nos 245 - 248, Minard, 1970 (5).
Michel Lioure, L'Esthétique dramatique de Paul Claudel, Armand Colin, 1971.
Michel Malicet, "La scène de transe", Paul Claudel 8, RLM nos 271-275, Minard, 1971 (4).
Aimé Becker, Claudel et l'interlocuteur invisible, le drame de l'appel, Nizet, 1974.
Michel Malicet, Lecture psychanalytique de l'œuvre de Claudel, t. 2 " le monde imaginaire ", Les Belles Lettres, 1978.
Anne Ubersfeld, Anne Ubersfeld lit Paul Claudel, Partage de midi, Temps actuels, 1981.
Pierre Brunel, "Partage de midi et le mythe de Tristan", Paul Claudel 14, Lettres modernes, Minard, 1985 (5).
Antoinette Weber-Caflisch, "Partage de midi : mythe et autobiographie", Paul Claudel 14, Lettres modernes, Minard, 1985 (5).
Antoinette Weber-Caflisch, "Le nom de son rival : essai sur l'histoire du texte de Partage de midi", Cahiers de textologie n°1, Minard, Paris, 1986.
Édition de Gérald Antoine, Gallimard, Folio théâtre, n° 17, 1994.
Antoinette Weber-Caflisch, "Partage de midi ou l'autobiographie au théâtre", Paul Claudel, Les Cahiers de l'Herne, Ed. de l'Herne, Paris, 1997.
Mitchell Shackleton, "Le lyrique et le dramatique dans Partage de midi : du brouillon manuscrit à la version de 1906", Le Dramatique et le lyrique dans l'écriture et la poétique théâtrale des XIXe et XXe siècles, Presses universitaires franc-comtoises, 870, Les Belles Lettres, 2002.
Thérèse Mourlevat, "La Passion de Claudel. Vie de Rosalie Scibor-Rylska", Pygmalion, 2011.

Mémoires de master et thèses en cours

Pascale Alexandre-Bergues (Professeur à l’Université de Paris-Est Marne-la-Vallée)

- Adélaïde JACQUEMARD, « Théâtre et poésie dans le drame symboliste : Villiers de L’Isle-Adam, Maeterlinck, Claudel, Wilde », Thèse de doctorat.

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